Bitcoin, Jane Street et la fabrique des soupçons

Hypertextes Tech / Eco / Finance n°17

Money Stack
4 min ⋅ 03/03/2026

Salut ! Nous sommes le mardi 3 mars et voici voici Hypertextes Tech Eco Finance, la sélection des meilleurs contenus par Kessel.

Avant ça : Cette semaine, on vous propose un texte qui rappelle qu’en commerce international, le vrai risque n’est pas toujours Trump… mais l’incertitude. Thomas Harbor, avocat spcécialiste du droit de la concurrence à Bruxelles, signe pour l’Institut Montaigne « Droits de douane : le prix de l’incertitude », où il décortique la décision de la Cour suprême américaine qui invalide les droits de douane d’urgence fondés de Trump, avant que l’administration ne ressorte aussitôt une autre base juridique pour imposer 10 à 15% sur les importations.​​

L’auteur insiste sur un point : pour les entreprises, l’instabilité des règles pèse parfois plus que le niveau des tarifs eux‑mêmes, et la suspension côté européen de l’accord sur les tarifs avec les Etats-Unis illustre bien ce coût caché de la « valse juridique ». D’autres analystes y voient une étape nécessaire vers un cadre plus prévisible à long terme, une fois les nouvelles bases légales clarifiées. Cela laisse une question ouverte : combien de cycles de brouillard réglementaire faudra‑t‑il encore absorber avant de bénéficier enfin de cette fameuse stabilité ?

🏟️ SPORT-BUSINESS :  CVC, le géant du private equity sportif, revend la F1 plus de 8 milliards après un x4, mais déprécie déjà son ticket Ligue 1 de 750 à 200 millions, soit 550 millions partis en fumée. Le même fonds qui présentait les ligues sportives comme des « actifs à cash-flows récurrents » découvre que tout le monde n’est pas la F1 : et si la vraie bulle, ce n’était pas le foot français, mais la promesse qu’un tableur pouvait transformer n’importe quel championnat en machine à cash ?

Kopa

🤖 OBJETS CONNECTÉS : Un chercheur français a relié son aspirateur Romo à une manette PS5… et s’est retrouvé avec la main sur près de 7 000 appareils dans 24 pays, avec vidéos, sons et plans d’appartements. Les robots censés nettoyer nos salons ont surtout révélé à quel point la sécurité passait après la collecte massive de données.

Les Recos du Samedi

🌍 CLIMAT : L’outil numérique proposé par Bon Pote « Villes futures » permet déjà de voir, commune par commune, les impacts climatiques projetés à 2030, 2050 ou 2100 à partir des données de Météo-France. On continue pourtant à traiter les municipales comme si la météo politique comptait plus que la trajectoire de chaleur qui attend concrètement chaque territoire.

L’alerte Bon Pote

📱 ÉCONOMIE DE LA DÉPENDANCE : L’ennui a été méthodiquement remplacé par un flux continu de contenus, jeux et notifications, calibrés pour être faciles à consommer et difficiles à lâcher. Ce système ne vend plus seulement du plaisir, il transforme notre attention en matière première, au point que la vraie compétence n’est plus de trouver quoi faire… mais d’oser fermer le robinet. Ceux qui parlent seulement de « volonté individuelle » oublient un détail : tout l’écosystème est financièrement incité à nous maintenir dépendant.

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Bitcoin, Jane Street et la fabrique des soupçons

Dans le petit monde crypto, une partie de la communauté accuse Jane Street, teneur de marché vedette des ETF bitcoin, de « piloter » le cours via ses ajustements quotidiens. La firme, qui a gagné 24 milliards de dollars en neuf mois en 2025, assure la liquidité du plus grand ETF bitcoin de BlackRock et intervient sur quasiment tous les produits du genre à Wall Street.​

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Les soupçons s’appuient sur un phénomène douteux : un plongeon récurrent du bitcoin autour de 10h, heure de New York, soit une demi-heure après l’ouverture des marchés. Certains y voient un « algorithme Jane Street » à l’œuvre, renforcé par le passif de la maison (amende de 567 millions de dollars en Inde, accusations liées à Terra/Luna, contestées) et par la figure tutélaire de Sam Bankman-Fried, ex-employé devenu symbole des excès crypto.​

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L’article rappelle pourtant que les teneurs de marché des ETF bitcoin rééquilibrent mécaniquement leurs positions le matin, en utilisant ventes à découvert, dérivés et arbitrages pour absorber les mouvements nocturnes du BTC. Samir Kerbage (Hashdex) insiste : ces flux ne sont pas une anomalie mais le cœur du fonctionnement du produit. Accuser uniquement Jane Street, alors que d’autres acteurs comme Jump ou Michael Saylor influencent aussi le marché, revient à transformer une mécanique de marché complexe en récit commode.​

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En toile de fond, la bataille est très politique. Le blog complotiste ZeroHedge est en tête de la fronde, tandis que la SEC est sous pression car elle a validé les ETF à contrecœur. À la Maison-Blanche, Donald Trump garde un ressentiment explicite contre certaines firmes de trading après la chute de son propre titre coté.

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Au fond, le vrai risque n’est peut‑être pas que Jane Street tire toutes les ficelles, mais que chacun raconte sa propre version du marché en fonction de son intérêt. À la fin, c’est bien la transparence de ces mécanismes complexes qui est fragilisée.

Les Echos


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Les investissements en unités de compte comportent un risque de perte en capital.

🔥 FINANCE: En 2007, une note de Meredith Whitney avait fait perdre 8% à Citigroup en une journée et coûté son poste au PDG. En 2025, un Substack payant de Citrini a fait chuter plusieurs valeurs de 4%… sans une page de disclaimer. Quand la recherche devient produit d’abonnement, le vrai risque, c’est peut‑être moins l’IA que le mélange sans filtre entre opinion, positions perso et storytelling. Dès lors, les critiques des régulations financières devraient s’interroger.

Financial Times

💸 IA: Moody’s voit un boost moyen de 1,5% de croissance par an grâce à l’IA selon les pays, mais rappelle que les États doivent d’abord financer data centers, réseaux et reconversions, souvent à coup de dette publique. Entre promesse de productivité à l’horizon 2035 et factures d’infrastructures dès maintenant, la « révolution IA » ressemble surtout à un pari budgétaire où tout le monde n’a pas la même marge de manœuvre.

Fortune

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⚡ ÉNERGIE: Sous pression politique, les géants de la tech s’engagent à financer leurs propres sources d’énergie pour alimenter les data centers, histoire d’éviter d’exploser la facture d’électricité des électeurs. Plutôt que renforcer le réseau pour tous, on pousse vers un « shadow grid » sur mesure pour quelques acteurs : pratique à court terme pour la campagne de Trump, beaucoup moins pour l’idée d’un système énergétique partagé.

Semafor

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📈 ÉCONOMIE: Une étude de la BCE montre que la courbe de Phillips, lien chômage–inflation, est beaucoup plus nette à l’échelle des régions qu’aux chiffres nationaux. Dit autrement, la macro raconte une belle histoire « stable » pendant que, localement, certains vivent encore la combo chômage élevé + prix tenaces : pratique pour les modèles, beaucoup moins pour comprendre ce que ressentent les populations.

L’Agefi

Bref. On pensait que le dilemme IA, c’était « trop de puissance, pas assez de règles ». Cette semaine, il a un prix très concret : Anthropic renonce à un contrat de 200 millions de dollars plutôt que d’accepter que son IA serve à la surveillance de masse ou à des armes autonomes, pendant que Trump et le Pentagone rappellent qu’une fois la technologie achetée, l’armée entend l’utiliser comme elle l’entend.

En face, la Silicon Valley retrouve des réflexes d’anciens combats : plus de 100 employés de Google signent une pétition pour « refuser de se conformer », des salariés d’Amazon et de Microsoft appellent leurs dirigeants à « tenir la ligne », et des ingénieurs rappellent que si Anthropic est punie, la même pression pourra s’abattre sur eux demain. Dans un secteur où les talents IA se négocient à coups de millions et peuvent partir du jour au lendemain, cette menace n’est plus théorique.​

Reste la zone grise : Sam Altman explique en interne qu’OpenAI partage le refus de la surveillance de masse et des armes létales autonomes, affiche son soutien « global » à Anthropic, puis annonce dans la même semaine un accord pour fournir son IA à des systèmes classifiés du Département de la Défense. Pendant ce temps, Trump traite Anthropic de société « d’extrême gauche ».

Ce bras de fer révèle surtout une nouvelle forme de pouvoir. Pour certaines entreprises d’IA, les contrats publics restent une part limitée du business (Anthropic revendique un rythme de 8 à 10 milliards de revenus annuels). Elles peuvent donc, pour l’instant, se permettre de dire non. Plutôt que de se demander si l’IA doit défendre les valeurs démocratiques, la question se pose de savoir qui, entre un président en campagne, un Pentagone pressé ou des comités éthiques internes, aura le dernier mot quand les prochains milliards seront sur la table ?
Wired

Money Stack

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