Cette semaine, on vous parle des peurs de la Gen Z, des banques traditionnelles sous tension, d'une nouvelle arrivante sur la Croisettte, d'un changement de paradigme dans le M&A... et bien plus encore !
Avant ça : prenez 60 minutes pour regarder Je t’aime moi non plus – France-Maroc de Benoît Bringer, sur France TV.
C’est instructif, incarné, et redoutablement éclairant si vous vous intéressez aux coulisses de la relation franco-marocaine. Entre secrets d’État, deals économiques et blessures coloniales jamais vraiment refermées, une heure utile pour comprendre comment l'ancien protectorat défie son ex-puissance tutélaire.
Si vous pensiez que la « guerre de l’IA » était surtout une histoire de slides PowerPoint et de levées de fonds, mauvaise nouvelle, on est passés à la phase renseignement.
La Maison-Blanche accuse désormais des acteurs « principalement basés en Chine » de mener des campagnes de « distillation hostile » à échelle industrielle, avec 24 000 comptes proxy et 16 millions d’échanges frauduleux repérés rien que chez Anthropic. La distillation, ici, ce n’est pas de la poésie, c’est le fait d'entrainer un modèle moins cher (l’élève) en l’abreuvant des réponses d’un modèle fermé plus avancé (le professeur).
Problème pour Washington, ces modèles distillés bricolés permettent de sortir des IA qui ressemblent fortement aux meilleures américaines sur certains tests, pour une fraction de leur coût. L'accusation, issue d'une note publiée par la Maison-Blanche, arrive quelques heures avant le lancement de DeepSeek V4, modèle chinois ouvert et ambitieux, et quelques semaines avant un sommet Trump-Xi, ce qui en fait autant un signal diplomatique qu'une alerte technique.
Sur le plan politique, la Maison-Blanche alerte sur une guerre technologique, mais ne promet pour l’instant que du partage d’informations et des guides de bonnes pratiques. La question est embêtante également sur le plan industriel : si les labos américains se plaignent d’être pillés alors que leurs clients s’appuient déjà massivement sur des modèles ouverts chinois, il leur est difficile de défendre encore très longtemps un récit de suprématie incontestée.
A lire dans le Grand Continent
🤖 GÉNÉRATION CRINGE : plus de 50% des Gen Z s’auto-censurent, 55% n’osent pas s’ouvrir et 38% renoncent même à proposer un date. Dans une génération qui a grandi avec l’idée que tout peut devenir public, viral et finir en « cringe compilation » à vie, chaque faux pas peut faire de vous le main characterhumilié du jour. Plus qu’un simple trait de personnalité, la prudence serait donc devenue une stratégie de survie sociale.
🏦 BANQUES SOUS TENSION : marges qui fondent, réseaux d’agences trop coûteux, néobanques qui siphonnent les clients… le modèle historique de la banque de détail française craque de partout. Alors que le groupe BPCE est contraint de déployer Orion et 16 000 recrutements pour se réinventer, les clients regretteront qu’il ait fallu attendre d’être au pied du mur pour admettre que le modèle à coûts lourds et frais élevés n’était pas éternel.
🕰️ HORLOGERIE, VERSION FILIÈRE VS VERSION MARQUE : D’un côté, avec The Good Goods on suit une filière qui tente de reconstruire une base industrielle via des “grappes” d’acteurs et des cadrans frappés à la Monnaie de Paris pour bâtir une identité française crédible. De l’autre, Culture Élite donne la parole à Hublot, qui se différencie par des matériaux hybrides, des ambassadeurs très exposés et un récit de leadership “empathique”. Reste à voir si, dans dix ans, on retiendra davantage les ateliers mutualisés de Besançon ou les loges VIP de la Coupe du monde.
💸 VALEURS REFUGE, VRAIMENT ? : depuis le début de la guerre en Iran, seul le dollar a joué les parachutes… alors que l’or, le franc suisse, le yen et même les obligations d’État ont décroché. Combien de temps cette résilience durera-t-elle encore ? Alors que la dette américaine explose, Trump joue les pyromanes de la politique économique..
☕ STARBUCKS VERSION PÉRIPH’ : à New York, la marque ferme une vingtaine de cafés, alors qu'ils ouvrent leurs tout premier store dans plusieurs villes de 10 000 habitants Depuis le Covid, les points sans drivestagnent, ceux qui servent les client en voiture explosent. Curieux destin pour une marque qui se rêvait « troisième lieu » et qui finit greffée à chaque sortie d’autoroute.
🎬 IA SUR LA CROISETTE : à Cannes, le « vrai » festival bannit les films générés au nom de « l’émotion humaine ». A deux pas, le World AI Film Festival projette 5 000 films IA, attire les investissements de Cameron ou McConaughey, et affiche même un Val Kilmer recréé numériquement. Difficile de ne pas voir le grand écart d’une industrie qui attaque les modèles entraînés sur des œuvres protégées tout en misant sur eux pour produire plus de films, moins chers et plus vite.
🤖 M&A VERSION IA : Microsoft a mis 10 Md$ dans OpenAI sans le racheter vraiment, SpaceX s’offre une option à 60 Md$ sur Cursor, avec 10 Md$ versés même si le deal capote. Le nouvel enjeu clé du M&A, c’est la « compute », c’est‑à‑dire la puissance de calcul pour entraîner les modèles, devenue plus stratégique que la prise de contrôle classique d’une entreprise. On est moins dans le rachat fondé sur des cash-flows bien rangés que dans la course à qui verrouille en premier les serveurs, les puces et les équipes clés.
Si votre onglet LinkedIn déborde déjà de notifications, respirez, on vous en recommande un seul : ce post de François Gemenne, professeur à HEC et spécialiste des enjeux liés au climat et aux migrations.
"En 2025, les énergies fossiles ont reculé dans la production d'électricité.
Un peu (- 0,2%) mais c'est très significatif : jusqu'ici, la hausse de la demande mondiale avait toujours entraîné une hausse de la production d'énergies fossiles, ce qui faisait dire à certains que la transition énergétique était impossible. En 2025, pour la première fois, cela n'a pas été le cas : c'est une nouvelle phénoménale.
Pourtant, la demande d'électricité a augmenté considérablement en 2025 : +849 TWh, d'après le think-tank de référence Ember. Mais cette hausse a été totalement (sans jeu de mots) couverte par les énergies bas carbone, énergie solaire en tête. Jusqu'ici, pour la production d'électricité, les énergies renouvelables s'empilaient sur les énergies fossiles. Elles commencent désormais à les remplacer : ce qu'on voyait déjà dans plusieurs pays - en Europe, mais aussi en Chine - s'observe désormais au niveau mondial, le seul niveau qui importe pour le climat.
Bien sûr l'électricité ne représente qu'une partie de la consommation d'énergie, alors qu'on confond souvent le mix électrique et le mix énergétique. Mais la croissance des énergies renouvelables en 2025 (+30% pour le solaire, +8% pour l'éolien) facilitera l'électrification des usages au niveau mondial.
Comment les choses évolueront-elles avec la crise énergétique du détroit d'Hormuz ? D'un côté la hausse des prix et les pénuries d'énergies fossiles accéléreront la transition énergétique dans certains pays et certains secteurs : on observe une nette hausse des ventes de voitures électriques, par exemple. C'est une transformation durable. Mais les prix très hauts du pétrole et du gaz risquent aussi de relancer les investissements dans ces secteurs, tandis qu'on les remplacera parfois par du charbon.
Mais en attendant, ce qui s'est passé en 2025 est un fait absolument majeur pour la transition : les énergies bas carbone ont entièrement absorbé la hausse de la demande électrique, et ont fait reculer les fossiles. En dehors de la période Covid, c'était la première fois."
A la semaine prochaine dans Hypertextes Tech Eco Finance !
